Découvrez les critiques du Jury des Jeunes du Festival du Sud!
Les Lycées Blaise-Cendrars à La Chaux-de-Fonds, l’Ecole supérieure de commerce et l’Ecole supérieure Numa-Droz à Neuchâtel ont invité leurs étudiant·es à former le Jury des Jeunes du Festival du Sud. Les juré·es ont désigné «DJ Ahmet» comme meilleur film de cette édition 2026.
DJ Ahmet
J’ai beaucoup aimé «DJ Ahmet» pour sa manière d’aborder des thématiques importantes comme la tradition et la liberté, tout en apportant un côté humoristique bien dosé. Les acteurs jouent très bien, ce qui rend les personnages naturels et le film authentique et facile à suivre. L’histoire de ce jeune berger passionné de musique, dans une culture où elle n’est pas forcément bien acceptée, montre le contraste entre traditions et modernité. Le film parvient à transmettre des émotions sincères et rend certains moments particulièrement marquants grâce à la justesse des interprétations. C’est un film touchant, agréable à regarder et qui reste en mémoire après le visionnage.
Noé
Don’t Let the Sun
Une dystopie silencieuse qui prend de la place. Une histoire touchante dans un décor un décalé. Des personnages attachants et des images admirables, on reste captivé par cette histoire presque muette. Une œuvre forte que je conseille fortement de visionner.
Tess
Lost Land
Un film émouvant, traçant le voyage d’une sœur et d’un frère pour rejoindre la Malaisie. Ce film est une mise en lumière de l’expérience du peuple apatride des Rohingyas à travers l’innocence des yeux d’enfants.
Carole
«Lost Land» est un film d’Akio Fujimoto. C’est l’histoire de deux enfants, Somira, 9 ans, et Shafi, 4 ans, qui séjournent dans un camp de réfugiés au Bangladesh. Bientôt, ils vont partir avec leur grande-tante et leur grand-père pour tenter de rejoindre la Malaisie. C’est le premier long-métrage de fiction en langue rohingya, interprété presque exclusivement par des Rohingyas. «Lost Land» suit le voyage de migrants à hauteur d’enfant. C’est un point de vue très innocent pour un sujet lourd. Le film est, de ce fait, parfois léger. L’insouciance des enfants peut paraître inappropriée pour un long-métrage traitant d’un sujet aussi lourd que la migration, mais je trouve que cela apporte un regard nouveau sur ce thème. En effet, beaucoup d’enfants traversent cette épreuve, bien qu’ils soient souvent oubliés. J’ai beaucoup aimé ce long-métrage, car il aborde un sujet d’actualité qui est souvent oublié.
Louana
Palestine 36
Dès les premières minutes, le film nous plonge dans un contexte historique et politique dense, sans jamais perdre le spectateur. Il aborde un moment important de l’histoire palestinienne en offrant des clés de compréhension accessibles à tous. Ce qui frappe immédiatement, c’est la capacité du film à rendre intelligible un conflit dont on entend souvent parler sans en connaître véritablement les origines. Ici, il ne s’agit pas d’un simple récit historique figé: le passé entre en résonance directe avec le présent. Cette dimension rend le film particulièrement pertinent aujourd’hui, car il permet de mieux saisir les racines d’une situation plus que jamais d’actualité.Mais réduire «Palestine 36» à un film explicatif serait injuste. Ce qui en fait une œuvre forte, c’est avant tout son humanité. Le film ne se contente pas de raconter un conflit: il raconte des vies. À travers des personnages profondément incarnés, auxquels on s’attache facilement, les émotions sont très bien retranscrites. Il y a des moments forts, parfois durs, mais toujours justes. Le film met en lumière des trajectoires individuelles qui traduisent des émotions universelles. La peur, l’espoir, la solidarité ou encore la perte sont autant de thèmes qui traversent le récit et permettent au spectateur de s’identifier, quelle que soit sa connaissance préalable du sujet. Il intègre aussi subtilement de réelles images d’archives, ce qui apporte un vrai plus et rend l’histoire encore plus touchante et réaliste.
Un des aspects les plus remarquables du film réside dans la place qu’il accorde aux femmes et aux enfants. Trop souvent, les récits de guerre se concentrent sur les combats et les figures masculines de soldats. Ici, le regard est différent. Les femmes ne sont pas reléguées à l’arrière-plan: elles sont porteuses de courage et de résilience. Les enfants, quant à eux, incarnent à la fois la vulnérabilité et l’espoir.
Ce choix narratif apporte une réelle richesse au film. Il permet de sortir d’une vision unilatérale de la guerre pour proposer une approche plus globale et plus humaine. On ne regarde pas seulement un affrontement: on observe ses conséquences sur les individus, les familles et les liens sociaux. Cela rend le film d’autant plus poignant et différent des nombreux films ou récits de guerre.
Enfin, ce qui fait la force de «Palestine 36», c’est sa capacité à dépasser son sujet principal pour toucher à des thématiques universelles. Bien sûr, il est question de la Palestine et de son histoire, mais le film parle aussi des relations humaines dans leur ensemble. Il interroge la manière dont les individus coexistent, s’opposent ou se soutiennent dans des contextes difficiles. Ces réflexions dépassent largement le cadre du conflit et permettent à chacun de se sentir concerné.
En tant que spectateur, on ressort du film avec un regard enrichi, mais aussi avec une certaine émotion. Il ne laisse pas indifférent: il pousse à réfléchir, à questionner, voire à remettre en perspective certaines idées reçues.
En somme, Palestine 36 est un film à la fois instructif, émouvant et captivant, qui réussit le pari de traiter un sujet complexe avec intelligence et sensibilité, tout en restant accessible et profondément humain, un équilibre qui n’est pas facile à atteindre.
Milia
Romería
Comment se construire quand on ne possède que des fragments de son passé? C’est la question que pose «Romería», le nouveau film de la réalisatrice Carla Simón. Dans ce film, on voyage sur les côtes de la Galice, là où la nature domine et cache les douloureux secrets d’une famille qui a préféré oublier pour protéger les apparences, plutôt que d’affronter la vérité. Munie de son caméscope et d’un vieux journal intime de sa mère, Marina, une étudiante de 18 ans, va rejoindre sa famille paternelle pour retrouver ses racines et obtenir une bourse d’étude que ses grands-parents devront signer. Bien plus qu’une simple enquête familiale, c’est un voyage sensoriel qui nous mène sur les traces d’une jeunesse oubliée, celle des années SIDA en Espagne, qui reste encore aujourd’hui un sujet tabou.Dès son arrivée dans la demeure familiale en Galice, le contraste est frappant. Marina débarque avec son sac à dos et sa caméra dans un univers de haute bourgeoisie où tout semble figé. La maison est magnifique, entourée d’une nature sauvage, mais l’accueil est glacial. Ses grands-parents, élégants et distants, semblent voir en elle un fantôme qu’ils auraient préféré ne pas voir revenir. On comprend alors que pour cette famille, la mort de son père liée à la drogue et au SIDA est une tache sur leur réputation qu’il faut effacer à tout prix. Ce silence n’est pas une absence de mémoire, c’est une volonté active d’étouffer le passé.
Face à ce mur, Marina utilise son caméscope comme une arme, mais aussi comme un bouclier. Comme elle n’a aucun souvenir concret de ses parents, elle essaie de les «réinventer» à travers son objectif. Le journal intime de sa mère, qu’elle lit en voix off, vient compléter ce puzzle. On découvre alors une Espagne des années 80 et 90 bien loin du luxe de la Galice: une jeunesse éprise de liberté, mais fauchée par une épidémie que la société de l’époque ne voulait pas voir. Le film rend ainsi justice à toute une génération de «disparus» dont on a eu honte.
Ce qui m’a plu en tant que jury, c’est que «Romería» dépasse le cadre du simple drame historique. C’est avant tout le portrait d’une jeune femme d’aujourd’hui qui refuse de se construire sur des mensonges. La force du film réside dans sa capacité à transformer cette tristesse en lumière. Les paysages galiciens, filmés avec une grande beauté, apportent une respiration nécessaire face à la lourdeur des secrets de famille. On sort de la séance avec une certitude: on ne peut pas savoir où l’on va si l’on ignore d’où l’on vient. Même si la vérité est douloureuse, elle est indispensable pour être libre.
Salomé






