Arrêts sur image

Au commencement était l’étrangeté…

Peut-être est-ce dû à la brièveté de ses films (rarement plus d’une heure vingt), mais Quentin Dupieux confère à leurs commencements une efficacité remarquable, où il multiplie les éléments signifiants et d’emblée perturbants.

Il en va ainsi du début de «Yannick» (2023). La séquence d’ouverture nous installe dans un théâtre, au cinquième ou sixième rang, comme l’indiquent les rangées du public assis devant nous. Sur scène, le personnage interprété par Pio Marmaï répète à onze reprises la réplique «Je n’en reviens pas».

Durant un instant, l’on songe à un blanc monumental que le comédien tente de contrer avec une certaine classe, et puis non, il s’agit bel et bien du bon texte, enfin d’un très mauvais texte, qui va susciter l’intervention d’un spectateur courroucé et lancer la mécanique infernale du film…

S’il diffère complètement en termes d’action, le commencement du «Deuxième Acte» maintenant à l’affiche crée le même effet d’étrangeté et d’efficacité, tout en nous dévoilant le lieu principal de l’action, un banal restoroute dont l’enseigne lumineuse réitère le titre du film. Les premiers plans montrent un homme partant de chez lui dans un état de fébrilité tel qu’il peine à faire démarrer sa voiture. Arrivé à l’aube au restoroute, il en fait l’ouverture avec la même nervosité… Le trac du figurant?

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De l’idée du paradis perdu…

Maintenant à l’affiche et présenté en ouverture à BiBi (la Biennale internationale des Bobines d’ici qui célèbre la création cinématographique neuchâteloise), «The Land Within» de Fisnik Maxville raconte l’histoire d’un jeune Suisse qui retourne dans son Kosovo natal, où il retrouve la mystérieuse Una, et découvre des secrets de famille enfouis dans la terre.

Jeune réalisateur neuchâtelois d’origine kosovare, Fisnik Maxville avait déjà marqué les esprits avec son précédent film «Nostromo» (2021), plongée mystique dans le Grand Nord canadien à la recherche d’une forme de paradis perdu. Dans son nouveau film porté par les excellent·es Luàna Bajrami et Florist Bajgora, le cinéaste nous raconte une tout autre histoire, pourtant hantée par cette même idée…

En savoir plus sur «The Land Within» à découvrir maintenant au cinéma:

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La migration comme arme…

Maintenant à l’affiche, «Green Border» aborde avec acuité la crise migratoire de 2021, lorsqu’enfants et parents sur le chemin de l’exil, en quête de sécurité, se sont retrouvés pris aux pièges des «pushbacks» entre la Biélorussie et la Pologne. Avec ce film indispensable, la grande cinéaste polonaise Agnieszka Holland veut réveiller notre humanisme et nous rappeler combien les gouvernants sont cyniques et capables du pire… Lors de la sortie de «Green Border» en Pologne, elle a été victime d’une campagne de haine sans précédent, orchestrée par le pouvoir qui était alors en place.

Agnieszka Holland est l’autrice d’une œuvre majeure. Sa filmographie réunit aussi bien des films indépendants et engagés tournés en Pologne, dont «Europa Europa», nommé aux Oscars, que des séries de très haute qualité réalisées aux Etats-Unis, comme «The Wire» ou «House of Cards».

En savoir plus sur «Green Border» à découvrir maintenant au cinéma:
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Que regarde Coco Chanel?

Actuellement sur nos écrans, l’excellent «Boléro» démontre toute la maîtrise de sa réalisatrice, Anne Fontaine, dans l’emploi de la figure de style cinématographique «regardant-regardé». Elle en avait fait déjà souvent montre dans «Coco avant Chanel» (2009) qui était aussi un biopic.

Notre exemple est tiré de la dernière séquence de cette version romancée des débuts de la future Coco Chanel (Audrey Tautou). Il montre le premier défilé de mode de la fameuse couturière. Epuisée par une ultime nuit de travail, elle s’assoit dans le célèbre escalier art-nouveau de sa boutique, tapissé de miroirs pour regarder son œuvre démultipliée parader à l’abri des regards.

Dans «Boléro», le raccord-regard est aussi convoqué au cours d’une séquence-clef. Celle où l’on voit Maurice Ravel (Raphaël Personnaz) découvrir le traitement singulier appliqué par la chorégraphe Ida Rubinstein (Jeanne Balibar) à sa fameuse musique de ballet. Au plan rapproché de son visage excédé, succède un plan d’ensemble de la danse outrageuse de la ballerine et de ses danseurs.

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