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Venise 09, en compétition
de Claire Denis
avec Isabelle Huppert, Isaach de Bankolé, Christophe Lambert, Michel Subor, etc.


Depuis plus deux décennies, la réalisatrice française Claire Denis crée l’un des cinémas les plus intéressants de son temps, dont nous n’avons hélas que des nouvelles épisodiques, les distributeurs suisses rechignant à montrer ses films certes parfois peu aimables. Vingt-deux ans après «Chocolat», un premier long-métrage d’inspiration autobiographique qui retraçait son enfance passée au Cameroun, la réalisatrice en propose une suite stupéfiante, sans conteste son meilleur film, sinon son chef-d’œuvre… Dans un pays africain, dont peu importe le nom car le chaos de la décolonisation est identique sous toutes les latitudes, Maria (Isabelle Huppert) chemine, hagarde, sur une piste rougeâtre. Un hélicoptère du contingent français apparaît et commence à la survoler. A bord, un soldat armé d’un porte-voix l’enjoint de quitter la région livrée aux rebelles. Obstinée, Maria n’entend pas l’avertissement. Au plus fort du déni de réalité, elle veut encore récolter le café donné par cette terre qu’elle s’est appropriée, moins pour s’enrichir que pour perpétuer son rêve. Arrivée au village, Maria tente d’engager les rares ouvriers agricoles qui restent, alors que son ex-mari (Christophe Lambert) est en train de négocier avec le potentat local la vente de la plantation. Dans l’esprit des héros de Joseph Conrad, l’héroïne de Claire Denis agit contre toute logique, occupée à durer le plus longtemps possible, au risque de la folie… Loin de toute psychologie réductrice, la réalisatrice de «S’en fout la mort» (1990), «J’ai pas sommeil» (1994) et «Beau Travail» (1999) filme avec une puissance inouïe le bilan du désastre colonial, indifférente à la couleur de peau, mais combien consciente de la barrière jetée entre Noirs et Blancs, sans doute infranchissable pour longtemps. A voir absolument!
2009, France, couleur, 1h42, programme n°163