Faire genre(s)

Programme n°284 |

Du 7 octobre au 3 novembre, Passion Cinéma propose douze films inédits qui s’emparent de différents genres pour mieux les transcender. Et ne manquez pas les séances spéciales de «Orwell: 2+2=5» et «Nicole Nicole», sans oublier la 23e Nuit du Court!

Faire genre(s)

Si la notion de genre est apparue dès les studios hollywoodiens pour standardiser les décors, vedettes et recettes, et ainsi produire toujours plus de films, les figures permettant de les classer sont devenues un formidable terrain d’expérimentation. Du moins pour les auteur·es, tandis que le mainstream semble désormais se borner à recycler ses formules ad nauseam. Avec ce cycle n° 284, Passion Cinéma parie sur des films aux genres très divers pour rappeler combien les cinéastes «font les genres», ceci sans «faire genre» ni illusion. Au point que ces catégories ainsi réinventées se veulent critiques de l’industrie du cinéma et interrogent jusqu’à nos identités.

Joyeuse démesure

Preuve à large spectre: «Hope» reprend le film de monstres, mais l’explose dans une joyeuse démesure qui tourne en dérision les modes hollywoodiennes, tandis que le film animalier «Derborence le temps des animaux» observe finalement… l’être humain! «Minotaure» mêle politique et thriller moral; «Les Misérables» transfigure le chef-d’œuvre de Victor Hugo en thriller à grand spectacle; «L’Espèce explosive» passe le polar au crible du burlesque déjanté; «Une Femme aujourd’hui» métamorphose le drame social en récit de reconstruction féministe; «Le Mystère Lucy Lost» mêle récit d’apprentissage et fantastique; alors que «The Social Reckoning» convertit «The Social Network» au cinéma politique.

Symptomatique

Partant, le cinéma interroge aussi les rôles que les genres ont symptomatiquement assignés aux personnages. En témoignent une «Aventure rêvée» qui revisite le western en renversant sa domination patriarcale, une comédie «Ni vue, ni connue» qui met à nu les coulisses du cinéma, non sans ironie, ou encore un «Jim Queen», dont la SF s’allie à la satire pour engendrer un virus qui convertit les gays en hétéros, pour mieux questionner nos identités. Comme quoi, les genres se contaminent et rappellent que, si les cinéastes «font genre», c’est pour stimuler notre regard critique sur la société autant que notre plaisir cinéphile.

Raphaël Chevalley