Cinéaste du haut, en couleurs

Né à La Chaux-de-Fonds, Robin Erard a voulu faire du cinéma depuis qu’il a vu, à l’âge de 10 ou 11 ans, «La Leçon de piano» de Jane Campion. C’est désormais chose faite: après s’être formé à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne, il est parti apprendre son métier à l’Ecole de cinéma IAD à Bruxelles, où il a eu l’occasion de tourner plusieurs courts-métrages très corrosifs, comme «Travail intime» (2005) et «Guillaume» (2008). De retour dans sa montagne du Jura, dont il défend la réputation ou critique volontiers la mauvaise gestion dans les médias, il travaille en tant qu’indépendant dans le domaine de la postproduction et du film de commande, notamment pour l’horlogerie ou le quatuor musical des «Petits chanteurs à la gueule de bois».

Mais Robin Erard ne délaisse pas pour autant sa vocation de réalisateur. Après «Elder Jackson», un court-métrage sélectionné en 2010 à Locarno, qui raconte l’histoire d’un missionnaire mormon en pleine remise en question, le cinéaste se lance dans l’écriture de «Fauves», son premier long-métrage de fiction… Par la suite, mû par sa sensibilité civique, il suivra avec son collègue Samuel Chalard les cinq conseillers·ères communaux·ales de la Ville de La Chaux-de-Fonds dans le diptyque documentaire «Ville cherche héros» (2019).

Fort de sa maîtrise du calibrage des images, Robin Erard s’est aussi spécialisé dans l’étalonnage de films de cinéma. A la tête du studio Rougegorge, il harmonise les couleurs et affine les contrastes de très nombreux films suisses, dont «Pause» de Mathieu Urfer, «Après la nuit» de Basil Da Cunha, «Le Tableau noir» de Yves Yersin, «Katabui» de Daniel Lopez… ou plus récemment «Insulaire» de Stéphane Goël, «A Bright Light» de Emmanuelle Antille, «Loulou» de Nathan Hofstetter, «L’Ile aux Oiseaux» de Maya Kosa et Sergio da Costa…

A propos du film

Sorti en 2018, «Fauves» constitue une comédie noire bien ancrée dans le réel et tournée en partie à La Chaux-de-Fonds, ville dont le réalisateur révèle passionnément la dimension très cinématographique: «J’ai un vrai amour pour cette ville même si elle est un peu austère. J’y ai tourné surtout des extérieurs. Je crois qu’on la reconnaît un petit peu, même si j’ai essayé de la montrer comme on la voit rarement au cinéma ou à la télévision. En la filmant avec les bonnes focales et en choisissant les bons endroits, il suffit de peu de choses pour la sublimer.»

«Fauves», c’est l’histoire d’Oscar, dix-sept ans, bientôt dix-huit, qui rêve de s’en aller en Afrique, au Zimbabwe, pour protéger les lions. Depuis la mort de ses parents, il a pour tuteur Elvis, prof de gym dans l’école d’horlogerie où il étudie, qui n’a de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues… «J’ai travaillé autour de la thématique de l’éducation. Qu’est-ce que cela veut dire éduquer, transmettre? Qu’est-ce qui nous pousse à le faire? A quel moment, on commence à en faire trop, à empiéter sur l’espace de vie des jeunes que l’on doit former. C’est une question que je me pose souvent. Plus la vie avance, plus on se retrouve enfermé dans des schémas d’autorité.»

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