Une dimension de western

Pour y avoir passé des vacances avec ses parents lorsqu’elle était enfant, Bettina Oberli savait que le Jura correspondait exactement au paysage qu’elle recherchait pour tourner son cinquième long-métrage. «La nature y est très belle et omniprésente», explique la réalisatrice suisse alémanique. «Les grands espaces jurassiens possèdent une dimension très western, un genre de cinéma auquel fait écho l’histoire que je raconte dans «Le vent tourne», avec ses deux protagonistes qui veulent refonder à eux deux un «nouveau monde», et cet étranger qui débarque et bouleverse le cours des événements.»

Si l’une des scènes se déroule dans le cadre saisissant du Creux-du-Van, c’est presque entièrement à la ferme de La Petite Chaux-d’Abel, sur la frontière entre les communes jurassienne des Bois et bernoise de Saint-Imier, que le film a été tourné durant les mois d’août et de septembre 2017. «C’est une région dans laquelle on peut tourner sur 360° et ne rien voir d’autre que la nature. Ailleurs en Suisse, il y a toujours une montagne pour casser la perspective, boucher l’horizon», commente Bettina Oberli. «Et puis la nature que j’ai trouvée dans le Jura correspondait complètement à l’intériorité tourmentée du personnage principal, Pauline: tour à tour imprévisible, tempétueuse, destructrice, capable de passer du brouillard le plus dense à un ciel sans nuages.»

La réalisatrice voulait aussi pouvoir tourner dans un endroit sauvage et isolé, et surtout, venteux… Car, dans ce drame amoureux, une éolienne constitue l’un des éléments central du récit, symbole de l’idéal de ce couple qui essaie de vivre de manière complètement indépendante, mais symbole aussi de la rupture de leur relation. Pour les besoins du tournage a ainsi donc été mis sur pied un prototype au mât de 18 mètres. Provisoirement seulement: au cœur d’une région marquée par la tourmente anti-éolienne, celle-ci n’était qu’un décor de fiction…

A propos du film

«Le vent tourne»
Bettina Oberli aime à varier les genres, passant avec aisance de la comédie («Les mamies ne font pas dans la dentelle») au thriller horrifique («Tannöd, la ferme du crime»). Avec «Le vent tourne», elle signe un drame rural chevillé au réel qui narre aussi un récit d’émancipation peu commun… Alex (Pierre Deladonchamps) et Pauline (Mélanie Thierry) habitent dans une ferme isolée en tentant de vivre en accord avec leurs principes écologiques. Leur apparente harmonie va être bouleversée par l’arrivée d’une jeune Ukrainienne de Tchernobyl venue se refaire une santé à la campagne, et celle d’un ingénieur désabusé chargé d’installer une éolienne pour matérialiser l’idéal d’autosuffisance d’Alex. D’emblée, Pauline conçoit un désir violent pour l’ingénieur… Loin de toute romance, «Le vent tourne» présente l’un des personnages féminins parmi les plus fascinants que nous ait donné le cinéma suisse!
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