«Sans artifices»

Programme n°212 |

Du 5 avril au 9 mai, Passion Cinéma présente cinq films qui nous réconcilient avec le septième art sans artifices! Avec la venue de Jean-Stéphane Bron qui vient présenter son nouveau documentaire, le formidable «L’Opéra de Paris», en avant-première.

SANS ARTIFICES

Avec l’avènement de l’ère numérique, le cinéma «mainstream» perclus d’effets spéciaux se déconnecte peu à peu de tout indice de la réalité. Dernières traces d’humanité, ses acteurs en sont réduits à jouer devant des fonds verts, face à des protagonistes souvent invisibles. Privés de tout contact avec leur partenaire de jeu, il leur est de plus en plus ardu de faire naître l’émotion. Outre l’ennui abyssal qu’ils doivent endurer en jouant à longueur de journée dans le vide, leurs corps couverts de capteurs, ils concourent, la mort dans l’âme, à la perte inéluctable de l’aura du comédien, à la disparition progressive de ce que l’on appelait autrefois la présence. Il suffit de penser, ne serait-ce qu’une seconde, aux performances plus que mitigées des stars engagées sur les blockbusters pour juger de l’étendue des dégâts!

DESQUAMATION FATALE

Evitons de diaboliser l’invasion généralisée des pixels. Soit dit en passant, ceux-ci donnent parfois matière à de véritables chefs-d’œuvre qui, à l’instar de «Vice-Versa» des studios Pixar, «Miami Vice» de Michael Mann ou «L’Anglaise et le Duc» d’Eric Rohmer, laissent espérer en la possibilité d’un cinéma «synthétique» créatif. Ce qu’il faut juste tenter de conjurer, c’est que ce cinéma dit de la «desquamation fatale» l’emporte sur tout autre. Pour contrer ce phénomène, des auteurs et non des moindres, ont renoué avec la pellicule argentique. Nombre de cinéastes reconnus (Quentin Tarantino, Xavier Dolan, Todd Haynes, Miguel Gomes, Christopher Nolan, pour ne citer que ceux-là) privilégient l’usage de la pellicule.

SAUVEGARDER LE LIEN AVEC LE RÉEL

Passion Cinéma s’engage avec ce cycle printanier à la défense du cinéma qui n’a pas perdu le lien avec le réel, avec de grands documentaires, tel le splendide «L’Opéra de Paris» de Jean-Stéphane Bron et le bouleversant «Double Peine» de Léa Pool. Idem pour les inénarrables Dominique Abel et Fiona Gordon qui, dans «Paris pieds nus», fondent leur art comique avant tout sur la présence. Pareil pour l’évocation de la Shoah et de sa méprisable négation dans «Le Procès du siècle», qui ne saurait s’accommoder de tripatouillages numériques. De son côté, l’immense James Gray a tenu mordicus à tourner «The Lost City of Z» en 35mm, histoire de conférer un grain de réel supplémentaire à ce film d’aventures à nul autre pareil.

Vincent Adatte