de Miklós Gimes


Présenté en avant-première à la dernière Fête du cinéma, le premier long-métrage de Miklós Gimes est passé inaperçu. En regard de la portée exceptionnelle de ce documentaire, cette discrétion paraît scandaleuse, d’où la décision de donner une deuxième chance à tous ceux et à toutes celles qui ne se sont pas déplacées… Journaliste au Tages Anzeiger, Gimes a fait ses débuts de cinéaste en 1998, en tournant un documentaire sur le destin très contrarié de l’ultime équipe de football de Yougoslavie, «Elfe Freunde». Après ce premier essai, il trouve le courage de se consacrer au film qui le hante. Gimes veut retracer l’histoire de ses parents en utilisant comme fil narratif, le témoignage de sa mère, Lucy. Après avoir échappé à la déportation à Auschwitz, cette juive hongroise revient au pays et épouse le futur géniteur du cinéaste, un journaliste fidèle à la ligne du parti communiste. Désigné comme l’un des meneurs de l’insurrection de 1956, Gimes père est exécuté par les staliniens revenus au pouvoir. Lucy a tout juste le temps de fuir avec son unique enfant alors âgé de six ans. Réfugiée en Suisse, elle est considérée comme la veuve d’un martyr, alors qu’elle se sent coupable. En 1989, son époux est déclaré héros de la patrie à titre posthume… Douze ans plus tard, elle accède à la demande de son fils et devient la protagoniste de ce film admirable où elle parvient enfin à affronter ce passé qui la ronge, à démêler un écheveau de mémoire où les blessures intimes le disputent à la tragédie politique…
2003, Suisse, couleur, 2h, programme n°116

 

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